3 Juillet 1892
M. le Curé donne lecture d’un extrait du testament olographe
de M. Edmond Sarthe-Sarrivatet, envoyé par Me Lansac, notaire à
Toulouse et ainsi conçu :
«
Je donne et lègue à la Fabrique de l’église
de Bagnères-de-Luchon la nue-propriété du terrain
que je possède à Bagnères-de-Luchon au quartier de
l’Allée des Bains
et sur lequel sont établies les boutiques du Sieur Alexandre, du
Sieur Roussin, du Sieur Largemain et du Sieur Selie.
Je donne et lègue l’usufruit de ce terrain à ma femme
pendant toute sa vie ; à sa mort la Fabrique prendra possession
de ce terrain
et devra l’employer à y construire une chapelle qui portera
le nom de de chapelle St Bertrand.
Si la Fabrique de Luchon à la mort de ma femme n’a pas les
ressources nécessaires pour construire ladite chapelle, les revenus
dudit terrain seront placés et capitalisés
jusqu’à ce qu’ils soient suffisants pour parer aux
frais de construction de ladite chapelle ».
Le Conseil est obligé de reconnaitre que les clauses de ce testament,
en ce qui concerne la Fabrique, sont très onéreuses ;
et pour des raisons qui seront plus tard présentées à
l’autorité compétente, s’il y a lieu, il lui
semble impossible d’accepter ce legs dans la forme où il
est conçu.
Cependant, avant de prendre une décision ferme, il prie M. le curé
de voir avec Mme Sarthe s’il ne serait pas possible de trouver une
solution qui,
tout en respectant les désirs de M. Sarthe dans la mesure du possible,
serait acceptable pour la Fabrique.
2 Octobre 1892
M. le curé, après avoir rendu compte des démarches
qu’il a faites auprès de Mme Sarthe, selon les désirs
du Conseil, et qui n’ont abouti à aucun résultat,
donne de nouveau lecture de l’extrait du testament Sarthe-Sarrivatet
relatif au legs fait à la Fabrique de Luchon
(voir la copie de cet extrait au compte-rendu de la séance précédente).
Le Conseil délibère :
Considérant que l’église paroissiale, maintenant agrandie,
est largement suffisante, soit en temps ordinaire soit pendant la saison
thermale,
que cette église est très heureusement située au
centre de la paroisse,
à 8 ou dix minutes à peines des quartiers les plus éloignés
(cinq ou six maisons exceptées) ;
qu’en outre il existe en ville, aux quatre extrémités
opposées, quatre chapelle ouvertes au public ;
et que, dans ces conditions le besoin d’une nouvelle église
ou chapelle ne peut vraiment pas se faire sentir,
Considérant qu’au lieu d’être utile une nouvelle
chapelle créerait une division regrettable au sein de la paroisse
qui souffre déjà,
surtout sous le rapport de l’instruction religieuse, de cette multiplicité
d’oratoires publics ou quasi-publics ;
Considérant, à un autre point de vue, que dans l’état
actuel des choses, un assez grand nombre d’étrangers, pour
ne pas s’éloigner de l’église,
prennent leur logement dans les quartiers de la ville les moins bien partagés
d’ailleurs et cependant les plus dignes d’intérêt,
et que bâtir une chapelle dans l’Allée des Bains ce
serait travailler contre le vœu à peu près unanime
de la population,
à faire la solitude dans le vrai Luchon en favorisant encore le
mouvement qui porte la colonie étrangère du côté
de l’Etablissement thermal, des Quinconces et du Casino.
Considérant que le terrain légué à la Fabrique
et dont le revenu annuel est de 1800 à 2000 francs peut être
évalué à vraie valeur approximativement à
40.000 francs ;
que par suite la Fabrique aurait des frais considérables, frais
qu’elle ne pourrait payer actuellement qu’à l’aide
d’un emprunt,
ses ressources étant absorbées, et au-delà, par les
travaux d’achèvement de l’église paroissiale,
Considérant que le service de cette chapelle, après sa construction,
exigerait impérieusement un troisième vicaire,
et demanderait tout un personnel et tout un matériel autres que
ceux de l’église paroissiale ;
que ce service deviendrait par conséquent, de ce double chef, une
charge très lourde pour la Fabrique ;
Considérant que ce legs a été fait sous réserve
d’usufruit en faveur de Mme Sarthe, encore relativement jeune ;
Qu’à la mort de Mme Sarthe il faudrait, pendant de longues
années, placer et capitaliser les revenus du terrain pour réaliser
la somme nécessaire à la construction de la chapelle ;
Que par suite cette chapelle ne pourrait en aucun cas être construite
que dans un avenir fort éloigné ;
et considérant que dans ce laps de temps, des changements de tout
genre peuvent survenir, de nouvelles difficultés se produire ;
qu’il y aurait, par conséquent, imprudence manifeste à
léguer à la Fabrique, pour une époque si éloignée,
une obligation certaine qu’il ne serait peut-être pas possible
de remplir alors sans de très graves inconvénients ;
Considérant que, il y a quelques années, un autre terrain
avait été donné dans le même but, mais à
des conditions bien moins onéreuses ;
que néanmoins la Fabrique, après avoir pris conseil de son
E. le cardinal de Toulouse, crut devoir refuser ce terrain ; et qu’il
n’y a certes aucune raison d’agir autrement aujourd’hui
;
Pour ces
motifs, le Conseil, rendant un hommage reconnaissant aux intentions généreuses
de M. Sarthe-Sarrivatet, comptant d’ailleurs que Mme Vve Sarthe,
restée propriétaire du terrain, saura, en faisant du bien
à la paroisse d’une autre manière, réaliser
quant au fond le désir de son très regretté mari,
Décide à l’unanimité, quoiqu’à
regret, qu’il y a lieu de ne pas accepter des clauses testamentaires
qui,
sans présenter aucun avantage réel, grèveraient la
Fabrique de charges très considérables,
et il donne mission à M. le Trésorier de faire les démarches
légales nécessaires pour obtenir l’autorisation de
refuser ledit legs.
9 Avril 1893
M. le Curé donne communication d’une lettre de l’Administration
diocésaine relatif à la délibération en date
du 2 octobre 1892,
par laquelle le Conseil demandait l’autorisation de renoncer au
legs Sarthe-Sarrivatet.
L’Administration diocésaine fait connaitre que des sursis
ont été accordés par le Conseil d’Etat quand
on a exposé des motifs de ne pas accepter dans le moment,
et des motifs de réserver l’avenir à cause des changements
qu’il peut amener, et elle pense qu’il serait bon de formuler
une demande en ce sens.
Le Conseil adopte la manière de voir de l’archevêché,
se référant à sa délibération du 8
octobre 92, il est toujours d’avis que le legs Sarthe-Sarrivatet
est inacceptable aujourd’hui.
Considérant néanmoins que l’usufruit, comme il a été
dit, peut durer très longtemps ;
et considérant que dans une station thermale comme Luchon il se
produira très probablement, durant ce long intervalle,
des changements dont il est impossible de prévoir en ce moment
la nature et l’importance,
mais qui pourront avoir pour effet de rendre avantageux pour la Fabrique
un legs si onéreux aujourd’hui ;
Pour ces motifs, le Conseil estime que s’il n’est pas possible
d’accepter le legs Sarthe-Sarrivatet,
il est bon néanmoins, dans l’intérêt de la paroisse,
de ne pas le répudier d’une manière absolue en ce
moment, et de réserver l’avenir.
Il décide en conséquence, qu’il y a lieu de demander
un sursis
qui permette à la Fabrique de ne pas se prononcer définitivement
sur l’acceptation ou la non-acceptation dudit legs qu’au moment
où l’usufruit cessera.
1er
Avril 1894
M. le Curé-doyen donne lecture de la lettre de M. le Préfet
de la Hte Garonne, en date du 12 Février dernier,
transmissive d’instructions de M. le Ministre des Cultes à
l’occasion du legs Sarthe-Sarrivatet.
Ces instructions se résument en une invitation pressante d’avoir
immédiatement à se décider pour l’acceptation
ou la renonciation dudit legs.
Le seul motif allégué de cette urgence est le préjudice
grave que porterait un plus long retard aux héritiers du testateur.
Le Conseil délibère :
Attendu que la légataire universelle de M. Sarthe-Sarrivatet est
sa veuve relativement jeune ; qu’elle est sans enfants, et sans
autres héritiers réservataires ;
qu’elle n’a peut-être même pas d’héritiers
à un degré successible ; qu’elle est fort riche ;
et qu’elle retire du terrain, légué sous condition,
en nue-propriété à la Fabrique, un revenu net d’au
moins 5% l’an,
ce qui constitue en ces temps de dépréciation de toutes
les valeurs, un placement fort avantageux ;
Attendu que le terrain dont il s’agit est complètement distinct
du reste de l’héritage
et que l’action de la légataire universelle ne saurait en
quoi que ce soit être gênée par le sursis sollicité
;
Attendu, au contraire, qu’un legs de l’espèce ne pourrait
se présenter, semble-t-il, dans de meilleures conditions pour être
fait l’objet d’un sursis de faveur ;
Attendu qu’une acceptation immédiate entraînerait pour
la Fabrique une dépense considérable, en dehors de toute
proportion avec ses ressources actuelles ;
Attendu que le legs, objet de la présente délibération,
peut offrir, à un moment qui ne saurait être aujourd’hui
déterminé, des avantages considérables,
et que des lors le Conseil doit se faire un rigoureux devoir de réserver
l’avenir ;
Attendu, d’un autre côté, que l’Etat est le protecteur
naturel de tout établissement public vis-à-vis duquel il
exerce la tutelle légale ;
Attendu qu’en ce cas de l’espèce il est dans ses errements
de donner presque toujours des suites favorables aux demandes qui lui
sont soumises,
et qu’un refus en l’occurrence serait une exception qui paraîtrait
au Conseil fort rigoureuse ;
Par ces motifs, le Conseil a décidé à l’unanimité
qu’il y avait lieu de présenter à nouveau à
M. le Ministre des Cultes
de respectueuses et de plus pressantes instances en vue d’être
autorisé à sursoir, pour un délai indéterminé,
à une acceptation ou à une renonciation d’un legs
en nue-propriété fait à la Fabrique par M. Sarthe-Sarrivatet,
ancien magistrat, originaire de Luchon.
24 Novembre 1895
M. le Président donne connaissance d’une dépêche
très pressante de M. le Ministre des Cultes
mettant le Conseil en demeure de se prononcer sur l’acceptation
ou le refus du legs Sarthe-Sarrivatet.
Le Conseil délibère :
Après avoir attendu longtemps, mais en vain, que la légataire
voulut chercher, de concert avec la Fabrique,
un arrangement de manière à réaliser véritablement
le vœu du très regretté Sarthe-Sarrivatet,
vœu qui était, à n’en pas douter, de faire du
bien à la paroisse de Bagnères-de-Luchon dont ledit Sarthe-Sarrivatet
était fabricien.
Après avoir fait tout ce qui était en son pouvoir, mais
encore en vain, pour obtenir un sursis
qui aurait permis de sauvegarder pleinement les intérêts
de la paroisse en réservant l’avenir et,
ce qui parait de toute évidence, sans causer aux héritiers
un préjudice quelconque ; le Conseil obligé de prendre,
bien malgré lui, une décision définitive,
Considérant que la Fabrique, vu l’âge de la légataire,
ne sera vraisemblablement pas apelée de longtemps à entrer
en possession du terrain Sarthe-Sarrivatet,
qu’après la possession, il faudra, pendant un grand nombre
d’années, capitaliser les revenus dudit terrain et que,
en conséquence, la chapelle en question ne pourra être bâtie
qu’à une époque très éloignée
;
Considérant que, dans ce laps de temps, la population du quartier
des Bains pourra devenir beaucoup plus considérable et que,
en ce cas, la chapelle aujourd’hui sans utilité, aura sa
raison d’être,
Considérant, d’un autre côté, que tous les droits
de mutation ont été payés par la légataire
qui en fait abandon à la Fabrique
(dépêche de M. le Ministre des Cultes en date du 20 juin
1895)
comptant en outre que la légataire voudra encore prendre à
sa charge les frais de toute sorte, tels qu’actes notariés,
expertises etc, etc
ainsi que les impôts de toute nature, présents et à
venir, de telle sorte que l’acceptation dudit legs ne pourra, sous
aucun prétexte,
entrainer pour la Fabrique absolument aucune dépense ni actuellement
ni plus tard tant que durera l’usufruit.
Pour ces raisons et à ces conditions seulement, le Conseil décide
à l’unanimité qu’il y a lieu d’accepter
le legs Sarthe-Sarrivatet.
4
Octobre 1896
M. le Président invite le Conseil à prendre une décision
définitive au sujet du legs Sarthe-Sarrivatet donnant à
la Fabrique,
pour servir plus tard à la construction d’une chapelle, la
nue-propriété d’un terrain situé sur l’Allée
des Bains, à Luchon.
Le Conseil délibère
:
Vu la lettre de M. le Ministre des Cultes, en date du 20 juin 1895,
faisant connaitre que « les droits de mutation ont été
payés par la légataire qui en a fait abandon à l’établissement
ecclésiastique »
ce qui diminue d’autant les charges de la Fabrique ;
Considérant que le quartier des Bains est un peu éloigné
de l’église paroissiale et qu’une chapelle dans ce
quartier peut être d’une utilité réelle,
surtout pendant la saison thermale, particulièrement pour les employés
de l’établissement et pour les baigneurs malades ou infirmes
;
Considérant que la Fabrique ne sera appelée à prendre
possession du terrain légué qu’après le décès
de Mme Sarthe,
qu’elle devra ensuite, pour parer aux frais de construction, capitaliser
les revenus dudit terrain pendant un certain nombre d’années
et que la susdite chapelle ne devra être bâtie qu’à
une époque assez éloignée,
mais considérant que, pendant ce laps de temps, la population de
ce quartier,
selon toute vraisemblance, ira sans cesse en augmentant, de telle façon
que la chapelle sera devenue plus utile encore.
Par ces motifs, le Conseil, à l’unanimité, est d’avis
qu’il y a lieu d’accepter le legs Sarthe-Sarrivatet
et il décide que, en vue d’obtenir l’autorisation nécessaire,
toutes les pièces réglementaires seront réunies par
les soins de M. le Trésorier
et le dossier sera envoyé, sans aucun retard, à l’autorité
compétente.
1er
Février 1903
M. Aumont, Trésorier, informe le Conseil que l’Administration
a imposé la Fabrique pour le legs Sarthe-Sarrivatet
1°) de 14fr23 pour droits de mainmorte, au lieu de 0fr54 centimes
payés précédemment
2°) de 58fr29 pour impôt foncier (au titre de propriété
bâtie) au lieu de 2fr04 payés jusqu’à ce jour
au titre de propriété non bâtie.
Le Conseil délibère et décide à l’unanimité
qu’il y a lieu de présenter à qui de droit,
par l’intermédiaire de M. le S/Préfet de l’arrondissement
une demande de dégrèvement total de ces deux sommes.
Il faut, en effet, remarquer :
- Que, en acceptant le legs Sarthe-Sarrivatet, la Fabrique n’a accepté
en nue-propriété que le terrain seul et non les baraques
qui y sont installées ;
- Que la veuve du donateur usufruitière de tous ses biens jouit,
seule, des ressources de ces baraques ;
- Que l’impôt de mainmorte de 14fr23 est appliqué pour
1902, par amortissement du 25 janvier 1903 par effet rétroactif
et alors que la Fabrique a déjà payé, pour ce même
impôt et cette même année 1902, une somme de 2fr04.
Etant donné ce qui précède,
le Conseil charge M. le Trésorier d’adresser à l’Administration
intéressée la demande de dégrèvement votée
dans la présente réunion.
24 Mai 1930
Monsieur le Curé rappelle ensuite que le legs de Monsieur Sarthe-Sarrivatet
fait à la Fabrique a été attribué à
l’hôpital thermal.
Le Conseil paroissial n’ayant aucune existence légale n’a
été appelé à donner ni son avis ni son approbation.
Le Conseil
municipal et le Conseil d’administration de l’hôpital
ont dû accepter l’attribution,
mais ils ne l’ont fait qu’en cédant à la force
majeure et après avoir obtenu de l’archevêque,
sinon l’approbation formelle, du moins l’assurance que la
conscience des conseillers municipaux
et des administrateurs de l’hôpital n’était nullement
engagé dans l’attribution faite à l’hôpital.
30
Avril 1950
M. le Curé informe ensuite le Conseil paroissial du projet de mise
en vente du terrain Sarthe-Sarrivatet
par l’Association Diocésaine de Toulouse qui en est propriétaire
légal pour le compte de la paroisse de Luchon.
A ce sujet, il rappelle brièvement l’historique de ce legs
pieux, son acceptation en 1896 par la Fabrique sur les instances du Ministre
des Cultes,
son transfert aux Domaines en 1906, en exécution de la Loi de séparation,
sa restitution à l’Association Diocésaine en janvier
1945,
l’indult de Rome, en date du 5 Mai 1947, autorisant la paroisse
:
1° à remplacer la construction sur le terrain Sarthe-Sarrivatet
par l’érection, en l’église paroissiale, d’une
chapelle dédiée à St Bertrand de Comminges demandée
par le légataire,
2° à vendre ledit terrain pour couvrir les frais de l’érection
de la chapelle : « le solde non employé pourra être
utilisé selon les besoins de la paroisse…
(œuvres d’enseignement, d’action catholique, de sanctification,
de bienfaisance,…) sous le contrôle de l’Ordinaire…
».
Le Conseil paroissial sera tenu au courant de l’évolution
de ce projet de vente.
27
Octobre 1950
Monsieur le Curé a fait l’exposé d’une proposition
de vente du dit terrain faite par Me Rémy Comet, notaire à
Luchon,
autorisé par l’Association diocésaine à cette
fin, et dont voici les phases principales.
« Proposition d’achat par mains de Me R. Comet, notaire
à Bagnères-de-Luchon.
L’Association Diocésaine est propriétaire d’un
terrain situé à Bagnères-de-Luchon, Allée
des Bains,
d’une surface après arpentage de mille deux cent quarante
six mètres carrés environ (1246)
limité et confronté au Sud par la dite Allée des
Bains, à l’Est par la propriété Moguès,
au Nord par l’impasse de la Treillette,
et à l’Ouest par la maison Fadeuilhe, Hôtel des Quinconces,
Hôtel d’Etigny et annexe de ce dernier.
Il est prévu à l’Est de ce terrain, l’établissement
d’un passage ayant trois mètres cinquante de large (3m50)
pour réunir l’impasse de la Treillette à l’Allée
des Bains, soit une surface d’environ cent soixante mètres
carrés (160 m²)
compte-tenu d’un léger décrochement de la ligne séparative
d’avec la propriété Moguès,
laquelle surface sera acquise par la ville de Luchon.
Le terrain proprement dit a donc une surface de l’ordre de mille
quatre vingt mètres carrés (1080 m²).
Ayant pris connaissance de cette situation, les soussignés :
Monsieur Jean Estoup, industriel demeurant à Luchon, d’une
part ;
Et Madame veuve Rose Lafon et Monsieur Jean Lafon, hôteliers demeurant
à Luchon, d’autre part,
Déclarent être acquéreurs solidaires du dit terrain,
après déduction du dit passage projeté, soit d’une
surface de l’ordre de mille quatre vingt mètres carrés,
quelle que soit d’ailleurs cette surface et ce au prix global et
forfaitaire de deux millions de francs (2.000.000)
qui sera versé comptant lors de la transformation des présentes
en acte authentique par les soins de Me Comet,
notaire à Luchon, qui devra intervenir dans un délai de
un mois.
Les acquéreurs prendront le dit terrain tel qu’il est désigné
ci-dessus dans son état actuel, sans garantie d’aucune sorte,
déclarant le bien connaitre et faire leur affaire personnelle de
toutes les difficultés qui pourraient être soulevées,
telles que défaut de contenance, existence de servitudes, état
du sol ou du sous-sol.
Fait à Luchon le 28 septembre 1950.
Lu et approuvé, signé : Vve R. Lafon
Lu et approuvé, signé : J. Estoup
Lu et approuvé, signé : J. Lafon »
En date du 3 octobre, Son Eminence le Cardinal Saliège communiquait
le texte de cette « proposition d’achat »
à Monsieur le curé de Luchon avec cette suscription : «
Je serai content d’avoir votre avis. »
Dans sa réponse, le curé de Luchon, tout en déclarant
la vente bonne, faisait des réserves sur cette vente à huis
clos
et suggérait une certaine publicité de manière à
provoquer une surenchère.
En date du 6 octobre, dans une lettre privée, Me R. Comet informait
succinctement le curé de Luchon de ses démarches et ajoutait
:
« Partant pour Armon, porter les enfants, je vous envoie ce mot
pour vous tenir au courant, mais je vous verrai dès mon retour.
»
A ce jour, la visite annoncée n’est pas encore faite.
Entre temps, le Conseil municipal de Luchon, dans sa séance publique
du 4 octobre votait à l’unanimité le principe d’achat
de la bande de terrain
de 3 mètres 50 de large pour unir l’impasse de la Treillette
à l’Allées des Bains, mais dont le prix serait fixé
par l’Administration des Domaines.
Oralement et par écrit – notamment le 15 octobre par une
lettre à Son Eminence –
M. le curé de Luchon a insisté sur les avantages à
ne pas précipiter la vente et à provoquer, si possible,
une surenchère.
Le samedi 21 octobre, à Montréjeau, à l’occasion
de la réunion annuelle de l’Amicale des Anciens Elèves
et Amis du Petit Séminaire de Polignan,
il renouvelait ses instances à Son Eminence le Cardinal Saliège
et lui annonçait la réunion du Conseil paroissial, lequel
avait droit à émettre son avis.
Tout fut approuvé et même encouragé.
Néanmoins, le 26 octobre, M. le curé de Luchon recevait
la lettre dont voici la copie :
« J’ai communiqué à Maître Cangardel
vos réflexions.
Il est convenu que la vente est faite sans garantie, d’une part.
D’autre part Me Cangardel estime que l’affaire est bonne et
que la mise en vente est assez connue.
Dans ces conditions j’ai signé.
Recevez……
Signé : + Jules Card. Saliège
Archevêque de Toulouse »
Après
délibération et réflexions prolongées, le
Conseil paroissial :
1°) Prend acte respectueusement de la signature de la « proposition
de vente » par Son Eminence le Cardinal Saliège, et la déclare
« bonne ».
2°) Estime néanmoins que l’affirmation « la mise
en vente est assez connue » n’est pas justifiable, que la
mise en vente, en réalité, s’est faite à huis
clos,
et il regrette qu’elle n’ait pas eu lieu, au moins «
en chambre de notaire » par simple affiche de manière à
provoquer, si possible, une surenchère.
3°) Emet le vœu que la proposition de vente ne soit transformée
en acte authentique de vente
qu’après l’acte légal d’achat par la ville
de Luchon de la bande de terrain de 3m50 de large destiné à
relier l’Allée des Bains à l’impasse de la Treillette.
Si la ville de Luchon ne réalisait pas l’achat ou si ses
conditions étaient inacceptables,
la bande de terrain qui représente 160 m² risquerait fort
de ne trouver aucun acquéreur et serait une charge pour l’impôt,
autant qu’une source d’ennuis et difficultés.
Cette réserve parait justifiée par le passage suivant de
la « proposition de mise en vente » :
« …déclarent être acheteurs solidaires du dit
terrain, après déduction du dit passage projeté….
»
20
Février 1952
Erection de la chapelle de Saint-Bertrand de Comminges
En avril 1951, l’exécution du projet fut confiée au
R. Père Odilon O.S.B. de l’abbaye d’En Calcat,
dont le talent et la réputation font autorité dans le Sud-Ouest.
En parfait accord avec le Conseil paroissial, le curé de Luchon
demanda que la chapelle,
tout en sacrifiant au style religieux d’inspiration actuelle, s’harmonisât
avec l’ensemble de l’église paroissiale.
Dans cet esprit, il suggéra notamment qu’au centre du nouveau
vitrail fut placé le magnifique panorama de St Bertrand avec sa
cathédrale.
Il demanda surtout que fut soumis le projet à l’échelle
tant du vitrail que de l’autel
et de la statue de St Bertrand, en bois doré (feuille d’or
polie à la corne d’agate) et le devis de l’ensemble
des travaux.
En réalité, le R. Père Odilon s’affirma très
personnel dans toutes ses conceptions.
Il soumit des dessins du vitrail actuel, mais non tirés à
l’échelle.
Il accepta de mauvaise grâce et en partie seulement des modifications.
Il se révéla de plus en plus – comme il le dit dans
une lettre datée du 7 mai (Voir le dossier conservé dans
les Archives de la paroisse)
le « chef d’orchestre » qui veut être obéi.
« Dans toute œuvre, il faut un chef d’orchestre.
Vous m’avez choisi pour ce rôle ingrat. Je bats la mesure.
Il faut que les instruments suivent pour obtenir l’harmonie. »
Aux instances de plus en plus pressantes du curé de Luchon pour
obtenir le plan à l’échelle et le devis
qui obligatoirement doivent être soumis à l’approbation
de la Commission diocésaine d’Art Sacré (voir notamment
ma lettre du 11 mai)
le R. Père Odilon répondit par ce refrain invarié
: « J’ai l’approbation enthousiaste du Cardinal.
»
Et le lundi 18 juin, il m’envoyait les fils du maître-verrier
Echariez 19, cours Dillon, Toulouse – poser le vitrail.

Discuté, critiqué même par les uns, ce vitrail a des
qualités reconnues par d’autres.
Volontiers, je me range parmi ces derniers, tout en regrettant certains
anachronismes tel que le plan de la cathédrale étudié
par St Bertrand
et qui ne pouvait être conçu en style gothique qui n’était
pas encore né, et certains détails peu harmonieux : v.g.
St Bertrand dans sa gloire…etc…etc…
Néanmoins, devant cette manière forte, le curé de
Luchon crut de son devoir d’exiger du R. P. Odilon, le projet à
l’échelle et le devis pour le reste des travaux.
Quelques jours après d’ailleurs – le 15 juillet –
une note paraissait dans la « Semaine Catholique »
pour rappeler que le recours à la Commission Diocésaine
d’Art Sacré était obligatoire.
Communication en fut faite au R. Père Odilon.
Le 26 juillet il répondait :
« Votre dernière lettre m’oblige à mon très
grand regret à ne pouvoir continuer à vous donner ma collaboration
pour les travaux demandés ».
Son désistement devait être accepté logiquement.
Tout fut arrêté par le solde d’une facture de frs 120.860
par l’Association Diocésaine au nom de la paroisse de Luchon,
le 22 août 1951.
Après de laborieuses recherches, le projet a été
repris et confié à M. Henri Blattès, sculpteur et
à M. Pesando, marbrier, tous deux à Nice.
Ce projet tiré à l’échelle et accompagné
d’un devis précis, est soumis aujourd’hui à
l’examen du Conseil Paroissial,
avant d’être présenté à la Commission
d’Art Sacré.
M. Blattès est un sculpteur de talent. Sa statue de St Dominique
sur un bloc d’acajou de 2 mètres de hauteur est une œuvre
remarquable
qui lui attire des admirateurs nombreux, à la chapelle des Dominicains
de Nice.
Son principal mérite est de reproduire, d’après un
masque mortuaire, le vrai visage de St Dominique.
M. Blattès nous propose une statue de St Bertrand sculpté
sur bois exotique d’avodiré.

M. Pesando nous soumet le plan et le devis de l’autel en pierre
de travertin, utilisé surtout pour le style Roman.

Le Conseil
Paroissial approuve l’ensemble, mais subordonne sa ratification
définitive à la décision de la Commission d’Art
Sacré.
Il se réunira à nouveau pour le règlement définitif.
Lettre
de l’abbé Laffargue du 12 mai 1952.


21 Juin 1953
La cérémonie d’inauguration avait eu lieu
le mardi de Pentecôte, 26 mai 1953
sous la présidence de Son Eminence le Cardinal J. G.
Saliège, archevêque de Toulouse.
Son Excellence Monseigneur Garrone, archevêque-coadjuteur de Toulouse,
assisté par M. le chanoine Cabaussel directeur au Grand Séminaire.
Monsieur le chanoine Martimort, directeur du Centre de Pastorale Liturgique,
dirigeait et expliquait la cérémonie du haut de la chaire.
Il était aidé, pour le déroulement des cérémonies,
par M. l’abbé Laffargue, aumônier d’Action Catholique
dans le Comminges.
Conduite par M. le chanoine Ramon, une délégation de professeurs
et d’élèves du Petit Séminaire de Montréjeau,
assurait les chants liturgiques.
A quelques exceptions près ( MM. Bérradet, Madon, Carrère
et Terce) tous les prêtres des vallées de Luchon assistaient
à la cérémonie.
Ils étaient entourés, d’ailleurs, de nombreux prêtres
du Comminges.
L’absence de MM. Tajan c.d. de l’Isle-en-Dodon et Duthil curé
de Casagnabère fut d’autant plus soulignée
qu’elle était due à un accident d’auto…heureusement
sans conséquences graves.
Parmi les notabilités civiles, avec tous les membres du Conseil
Paroissial, à noter la présence de M. Alfred Coste-Floret,
député-maire de Luchon,
et de M. Henri Blattès, sculpteur de Nice.
Une relique
de Saint-Bertrand-de-Comminges et une relique de St Aventin, données
en 1934 au curé actuel de Luchon
par M. l’abbé Th. Verdale, originaire de Gouaux-de-Larboust,
et dont la mémoire vénérée reste vivace à
Luchon où il fut aumônier de l’hôpital thermal
pendant vingt ans,
ont été déposées et scellées (avec
une relique de Ste Séverine, vierge et martyre) dans le petit caveau
de la table d’autel.
La statue en acajou de l’Afrique Equatoriale Française est
due au talent de M. Henri Blattès, sculpteur à Nice, a été
bénite par son E. le Cardinal.
Son Excellence Monseigneur Garrone a eu la bonté et la délicatesse
de célébrer la Sainte Messe ( la 1ère sur cet autel)
à la mémoire du bienfaiteur insigne : Monsieur Sarthe-Sarrivatet,
ancien magistrat et ancien président du conseil de Fabrique de
Luchon, décédé en 1891.
Tous les documents explicatifs de cette laborieuse et parfois décevante
« affaire du legs Sarthe-Sarrivatet »
ainsi que toutes les pièces justificatives de comptabilité,
constituent un volumineux dossier dans les Archives paroissiales.
Suivent
les détails du produit de la vente du terrain Sarthe-Sarrivatet
(2.400.00 frs) et des frais pour l’érection de la chapelle
(1.083.380 frs).
Ainsi la
somme de frs 1 million envoyée par l’Association Diocésaine
le 30 janvier 1952 est dépassée de frs 83.380.
A ce déficit il convient d’ajouter 17.275 francs pour des
achats divers ce qui porte le déficit total à 100.655 fr.
M. le curé-doyen
qui prend à sa charge les frais de la cérémonie du
26 mai
(frais de déplacement et honoraires de M. le chanoine Martimort,
de M. l’abbé Laffargue, du Petit Séminaire et du repas)
propose au Conseil paroissial de solliciter respectueusement de l’Association
Diocésaine l’excédent du million qu’elle détient,
soit 119.140 frs.
Messieurs les membres du Conseil finissent par acquiescer.
Mais avec fermeté ils émettent le vœu que la somme
de un million qui reste fructifie au profit des œuvres paroissiales
et au 1er rang des Ecoles privées,
et ce, en parfaite conformité à l’indult de Rome du
5 mai 1947 autorisant la vente du terrain Sarthe-Sarrivatet.
M. le curé-doyen s’engage à exprimer ce désir
à son Eminence le Cardinal Saliège, Président de
l(Association Diocésaine de Toulouse et à tenir le Conseil
paroissial au courant.
15 Septembre 1953
Après réception d’une note (non datée) émanant
de M. le Trésorier de l’Association Diocésaine et
transmise par Mgr Chaussou
une mise au point a paru opportune à M. le curé qui en a
confié l’étude au Président du Conseil Paroissial
: M. G. Castaing.
«
En ma qualité de Président du Conseil paroissial et sur
la demande de M. le curé
je propose la réponse à donner à la communication
faite par M. le Trésorier de l’Association Diocésaine
et transmise par Monseigneur Chaussou, vicaire général,
le 4 septembre dernier.
1°) Sur le virement de frs 240.000 au C/CP de l’Association
Diocésaine, la bonne foi de M. le curé a été
surprise.
Il ne pouvait douter, en effet, de l’assurance formelle d’envoi
qui lui avait été donnée le 18 avril 1953.
Le retard a été réparé le 12 septembre : M.
le Percepteur a viré la somme au C/CP de l’Association Diocésaine.
2°) L’état des frais nécessités par l’érection
de la chapelle de St Bertrand de Comminges a été volontairement
incomplet.
Le Conseil n’a cédé devant la volonté de M.
le curé que devant l’avantage de réserver un million
pour les œuvres et spécialement pour les Ecoles paroissiales
de Luchon.
3°) Une fois de plus, le Conseil paroissial exprime le vœu que
ce million soit productif d’intérêt
et que son excédent soit versé à la paroisse afin
d’amortir la partie des frais de la chapelle non encore soldés.
4°) Enfin, le Conseil paroissial estime qu’il est en droit de
s’étonner que la somme de frs 153.183 ait été
prêtée à son insu à M. le chanoine Barthas
et veut espérer que, sans tarder, elle rentrera dans le solde global.
(Elle ne le sera que le 4 janvier 1955)
Il charge Monsieur le doyen d’exposer ces décisions du Conseil
paroissial à Son Eminence le Cardinal Saliège. »
6 Septembre 1954
Faisant suite à la délibération du Conseil paroissial,
réuni enséance extraordinaire le 15 septembre 1953,
les démarches laborieusement entamées auprès de l’Association
Diocésaine par M. le curé ont abouti.
Le 23 mars 1953, Monseigneur Dessort, vicaire général et
Trésorier de l’Association Diocésaine a remis à
M. le curé de Luchon :
1°/ sept Bon du Trésor à fr 100.000…………………….700.000
cinq à frs 5.000…………………………25.000
2°/ deux obligations du Trésor à frs 100.000…….200.000
quatre à frs 10.000…………..40.000
3°/ en espèces…………………………………………………………………18.556
Total : 983.556
L’acte de décharge spécifie « que le prêt
de la somme de 153.183 francs à Monsieur le chanoine Barthas sera
rendu à M. le curé de Luchon ».
Conformément
à l’indult de Rome décidant que le reliquat du legs
Sarthe-Sarrivatet après l’érection de la chapelle
de St Bertrand
en l’église de Luchon devait être géré
« au profit des Ecoles ou des Œuvres paroissiales",
le Conseil paroissial a décidé de prêter ce reliquat
arrondi à un million, à la « Maison Gascon »,
42 Allées d’Etigny. Reste à fixer le taux d’intérêt
.
Monsieur G. Castaing, en sa qualité de Président, demande
avec force et conviction le 8%.
A ce jeu de trompette, les membres du Conseil à l’unanimité
ne mettent aucune sourdine et approuvent le taux de 8%.
Le Conseil paroissial charge Monsieur Louis Pébernard, en sa qualité
d’administrateur de la Maison Gascon, de faire sans délai
homologuer
et signer l’emprunt par le Syndicat Ecclésiastique propriétaire
de la Maison Gascon, sur le taux précité de 8%.
Reste le prêt consenti à M. le chanoine Barthas. A l’unanimité,
le Conseil paroissial charge M. le curé de Luchon de réclamer
annuellement l’intérêt.
En outre, il est spécifié que ce prêt restitué
grossira le capital d’un million au profit des Ecoles ou des Œuvres
paroissiales.
19 Décembre 1955
Monsieur le curé informe le Conseil que le 4 janvier 1955, le Trésorier
de l’Association Diocésaine a restitué,
par virement postal, la somme de frs 153.183 – vierge de tout intérêt
– qui avait été prêtée à M. le
chanoine Barthas.
Elle est affectée aux agrandissements du Cours d’Enseignement
Ménager.
11
Avril 1967
Monsieur le curé soumet à l’examen et l’approbation
du Conseil la comptabilité de l’année écoulée.
(…)
N.B. Les recettes ont été exceptionnellement augmentées
par le remboursement du prêt
fait en 1954 par l’abbé Lordat à la Maison Gascon
(Dernière tranche du remboursement 5000 Fr).
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